Il y a trente deux ans déjà, ça commençait bien....

SI …

Si tu n’as ni le privilège de l’argent, ni celui de la caste,
Si tu n’as que tes mains, si tu n’as que ta tête,
Si la réussite de ta vie t’est plus chère que la réussite sociale…
Si tu privilégies l’Homme dans son essence, à son rôle dans l’économie,
Si l’aventure te séduit plus, qu’un beau plan de carrière,
Si tu aimes ton métier au point de n’en pas vouloir changer,
Si le pays où tu as tes racines est aussi celui où tu veux travailler,
Si avec les années tes cheveux ont blanchi,
Mais si tu es encore trop jeune pour être ministre ou président,
Si à défaut de diplôme, tu n’as que l’Expérience,
Et si en plus tu y joins la Conscience,
Alors, notre système économique et politique tu comprendras,
Et tu seras chômeur mon fils…

D’après "SI" de R. Kippling, à  Rouen le 24 Décembre 1980, à bord du St-Luc.

TCL_Internavis_2_en_Seine

L'Internavis 2 en Seine, lors de son premier voyage en 1978.

J'ai écrit ça bord du porte-conteneurs St-Luc avec un collègue en fin d’après-midi, lorsque nous avons soudain appris par la presse professionelle Maritime, la lamentable faillite de la Compagnie Maritime Française Internavis.
(2 navires vendus, plus de 60 licenciements) C'était le "tout début" du saccage du Monde du Travail, pas "seulement" Maritime. Nous avons "forcé le trait", sans doute parce qu'on se doutait de ce qui allait se passer et que c'était Noël. Quand on a su comment était gérée la boîte, nous nous sommes posés des questions... Comment tout cela était-il possible? Comment tout cela est-il encore possible sans déclencher une énorme colère collective?

Le Chômage Central est aujourd'hui fort bien installé dans notre société. N'est-ce pas?

kippling
Mais! On ne saurait se servir de Kippling sans le citer directement:

SI …

"Si tu peux voir détruit l’ouvrage de ta vie
Et sans dire un seul mot, te mettre à rebâtir ;
Ou perdre en un seul coup le gain de 100 parties
Sans un geste et sans un soupir ;
Si tu peux être amant, sans être fou d’amour,
Si tu peux être fort, sans cesser d’être tendre,
Et te sentant haï sans haïr à ton tour
Pourtant lutter et te défendre ;

Si tu peux supporter d’entendre tes paroles
Travesties par des gueux pour exciter des sots,
Et d’entendre mentir sur toi leurs bouches folles
Sans mentir toi-même d’un seul mot ;
Si tu sais rester digne en étant populaire,
Si tu sais rester peuple en conseillant un roi,
Et si tu sais aimer tous tes amis en frères
Sans qu’aucun soit tout pour toi ;

Si tu sais méditer, observer et connaître
Sans jamais devenir septique ou destructeur ;
Si tu sais rêver sans laisser ton rêve être ton maître,
Et penser sans n’être qu’un penseur ;
Si tu peux être dur sans jamais être en rage,
Si tu sais être brave mais jamais imprudent ;
Si tu peux être bon, si tu sais être sage
Sans être moral ni pédant ;

Si tu peux rencontrer Triomphe après Défaite
Et recevoir ces deux menteurs d’un même front ;
Si tu sais conserver ton courage et ta tête
Quand tous les autres les perdront,

Alors, les Dieux, les Rois, la Chance et la Victoire
Seront à jamais tes esclaves soumis.
Et ce qui vaut mieux que les rois et la gloire,
Tu seras un Homme mon fils."

R. Kippling
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Ca, c'est de la Littérature! C'est encore plus beau à lire en anglais en "vo". D'autre part je n'ai pas le culot de me prendre pour Kippling. Ce texte est un tel chef-d'oeuvre, que sur ce modèle il est très facile d'écrire d'autres parodies, sur tous les sujets et dans toutes les langues peut-être. La version originale comme sa version "Marine Marchande" en fin Décembre 1980, il nous faut bien l'avouer très malheureusment, "ça ne vieillit pas"!

Bien amicalement / Met vriendelijke groeten et Merci de m'avoir lu

PS: Pourquoi ne pas le relire en "vo"?...
IF you can keep your head when all about you
Are losing theirs and blaming it on you,
If you can trust yourself when all men doubt you,
But make allowance for their doubting too;
If you can wait and not be tired by waiting,
Or being lied about, don't deal in lies,
Or being hated, don't give way to hating,
And yet don't look too good, nor talk too wise:

    If you can dream - and not make dreams your master;
    If you can think - and not make thoughts your aim;
    If you can meet with Triumph and Disaster
    And treat those two impostors just the same;
    If you can bear to hear the truth you've spoken
    Twisted by knaves to make a trap for fools,
    Or watch the things you gave your life to, broken,
    And stoop and build 'em up with worn-out tools:

    If you can make one heap of all your winnings
    And risk it on one turn of pitch-and-toss,
    And lose, and start again at your beginnings
    And never breathe a word about your loss;
    If you can force your heart and nerve and sinew
    To serve your turn long after they are gone,
    And so hold on when there is nothing in you
    Except the Will which says to them: 'Hold on!'

    If you can talk with crowds and keep your virtue,
    ' Or walk with Kings - nor lose the common touch,
    if neither foes nor loving friends can hurt you,
    If all men count with you, but none too much;
    If you can fill the unforgiving minute
    With sixty seconds' worth of distance run,
    Yours is the Earth and everything that's in it,
    And - which is more - you'll be a Man, my son!

Ca à l'air un peu couillon comme ça, la première fois qu'on le lit. Mais c'est si étrangement poétique qu'on peut le relire en boucle... Ceci dit, s'il suffisait de décider JE PEUX et JE VEUX, ça se saurait. Mais tout commence par là.

Bien amicalement / Met vriendelijke groeten et Merci de m'avoir lu

PLAN de "CONFLICTUALITIC"

piafmatin

Au Japon, quand des "décideurs" sont impliqués dans de graves problèmes, ils font des excuses publiques et le plus souvent ils démissionnent. Que voit-on en France? Le plus souvent il ne manque plus que "le bras d'honneur"... Nous sommes pourtant dans un pays dont les notables politiques se permettent de donner des leçons de droits de l'homme au Monde entier! Faut-il en rire? Non!

René Char: "Ce qui vient au monde pour ne rien troubler, ne mérite ni égard ni respect."